Finance & Retraite

IFI, succession, testament : le guide fiscal des britanniques qui s’installent en France

Par admin , le 19 mars 2026 — tous - 11 minutes de lecture
optimiser impot sur patrimoine

En France, l’immobilier représente 62 % du patrimoine des ménages . Pour les expatriés britanniques qui approchent de la retraite, cette concentration a un prix : l’impôt sur le patrimoine en France cible précisément ces actifs.

Beaucoup arrivent avec des questions légitimes. À partir de quel seuil devient-on redevable ? Les biens restés au Royaume-Uni comptent-ils ? Que se passe-t-il au décès — pour le conjoint, pour les enfants ?

Les réponses existent. Et certaines surprennent. La France accorde des protections temporaires aux nouveaux résidents. Et surtout, un outil reste sous-exploité par la majorité des expatriés : le testament.

Bien rédigé, il ne se contente pas de désigner vos héritiers. Il peut changer la loi applicable à votre succession — et réduire significativement la facture fiscale. Ce guide explique comment.

L’impôt sur le patrimoine en France : ce qui est réellement taxé

L’IFI effraie beaucoup d’expatriés. À tort, souvent. Voici ce qu’il taxe vraiment, son barème actuel, et pourquoi le débat sur le « patrimoine improductif » n’a rien changé en 2026.

L’IFI en quelques mots

L’Impôt sur la Fortune Immobilière vient remplacer l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF) en 2018. Si l’ISF taxait tout, l’IFI se veut plus nuancé. Ce dernier représente juste l’impôt calculé sur le patrimoine immobilier à partir d’un certain seuil : 1 300 000€ de patrimoine immobilier net.

En dessous de ce seuil, l’IFI ne s’applique pas. Au-delà, s’applique un barème.

Le barème 2026

Depuis sa création en 2018, le barème progressif de l’IFI n’a pas changé. Les taux restent les mêmes :

● De 800 000 € à 1 300 000 € : 0,50 %

● De 1 300 000 € à 2 570 000 € : 0,70 %

● De 2 570 000 € à 5 000 000 € : 1,00 %

● De 5 000 000 € à 10 000 000 € : 1,25 %

● Au-delà : 1,50 %

Pour un patrimoine immobilier net de 3 000 000€, voici comment sera calculé l’IFI :

Tranche de patrimoine

Taux d’imposition

Montant de l’IFI

0 à 800 000 €

0%

0 €

800 000 € à 1 300 000 €

0,5% x 500 000 €

2500 €

1 300 000 € à 2 570 000 €

0,7% x 1 270 000 €

8 890 €

2 570 000 € à 5 000 000 €

1% x 430 000 €

4 300 €

Montant dû au titre de l’IFI

 

15 690 €

Un patrimoine immobilier net de 3 000 000€ génère 15 690€ par an d’IFI. Par ailleurs, si vous occupez votre résidence principale, elle subit un abattement de 30% sur sa valeur. Elle vaudra donc 700 000€ si sa valeur initiale est de 1 000 000€.

Le débat sur le patrimoine improductif

Le patrimoine improductif prend en compte les actifs dits “dormants” comme les cryptomonnaies, les liquidités, les fonds euros, etc. Ce ne sont pas des actifs imposés par l’IFI qui, lui, ne vise que ceux immobiliers.

Fin 2025, l’Assemblée Nationale a voté un projet de nouvel impôt sur le patrimoine. Cette initiative a été rejetée par le Sénat. l’IFI restera inchangé en 2026.

Si l’impôt sur le patrimoine improductif n’a pas été validé, tout porte à croire que le sujet reviendra. Le déficit budgétaire de l’Etat ne va pas en s’amenuisant.

Expatriés britanniques : les règles spécifiques à connaître

Bonne nouvelle : la France vous laisse du temps. Pendant cinq ans, vos biens UK restent hors calcul. Et la convention fiscale franco-britannique a survécu au Brexit.

La règle des 5 ans

Si vous arrivez du Royaume-Uni avec un patrimoine immobilier au UK, pas d’inquiétude. La France ne vous taxera qu’au bout de 5 ans. Seuls vos biens situés en France entrent dans l’IFI pendant vos cinq premières années de résidence fiscale.

Un britannique qui s’installe en 2026 ne déclarera ses biens UK qu’à partir de 2032. Cette règle vous offre du temps pour arbitrer, anticiper et restructurer votre patrimoine. Si vous vous y prenez suffisamment tôt.

La convention fiscale FR-UK

Le Brexit a changé beaucoup de choses. Mais pas la convention fiscale franco-britannique de 2008. Vos pensions privées et votre State Pension seront imposées en France au même titre qu’une pension française.

Faisant exception, les pensions de la fonction publique britannique. Elles sont imposables au Royaume-Uni sauf si vous avez la nationalité française.

Au Royaume-Uni, vous pouvez retirer 25% de votre pension en franchise d’impôt. La France ne reconnaissant pas cet avantage, encaissez le avant de partir. Auquel cas, si vous prenez ce retrait après votre installation, il sera taxé.

Les régimes de retraite reconnus par la France bénéficient d’un cadre défini par cette convention bilatérale. Pour les expatriés britanniques, c’est une sécurité juridique qui a survécu au Brexit.

Le testament : un outil d’optimisation fiscale sous-estimé

Un paragraphe dans votre testament peut changer la loi qui régit votre succession. Loi française ou loi anglaise ? Le choix a des conséquences fiscales directes.

Un simple paragraphe peut décider de comment se fera votre succession. Un britannique résidant en France peut choisir la loi qui s’applique à sa succession.

Par défaut, c’est celle française qui s’applique. Et, elle impose la réserve héréditaire. Vos enfants ont droit à une part définie de votre patrimoine :

● Pour un enfant unique, ce sera 50% ;

● Pour deux enfants, ce sera 66% ;

● Pour trois ou plus, 75%.

Vous ne contrôlez que le reste. Ce n’est pas le cas de la loi anglaise. Elle offre une liberté totale. Vous léguez votre patrimoine à qui vous le voulez dans les proportions de votre choix.

En France, le conjoint est exonéré à 100%. Cela vous permet de réduire la masse taxable pour vos enfants en orientant votre succession dans ce sens.

Coordonner testament et assurance-vie

Au sens juridique, l’assurance-vie ne fait pas partie de la succession. Elle passe directement aux bénéficiaires désignés dans le contrat. Il existe donc deux documents : votre testament et votre clause bénéficiaire.

Si ces deux documents ne sont pas raccord, c’est le chaos. Par exemple, un ex-conjoint peut n’avoir jamais été retiré de ce contrat. Un enfant a pu être mentionné dans le testament mais pas dans la clause.

Pour éviter cette situation, il faut revoir les deux documents avec un notaire français.

Anticiper le partage grâce au testament-partage

Le testament-partage vous permet de répartir vous-même qui reçoit quoi après votre décès. Vous figez donc les valeurs des biens le jour de la rédaction de ce document. Voici deux avantages concrets du testament-partage :

● Si un bien prend de la valeur ensuite, l’héritier qui le reçoit ne sera pas pénalisé ;

● Les frais du notaire au décès diminuent car la répartition a déjà été faite en amont.

C’est un outil de clarté pour les familles recomposées ou les patrimoines répartis dans plusieurs pays.

Pour approfondir les règles de succession applicables aux expatriés, consultez le guide sur les droits de succession en France .

L’assurance-vie : le “testament fiscal” des expatriés

Hors succession, fiscalement avantageuse, transmissible sans droits jusqu’à 152 500 € par bénéficiaire : l’assurance-vie reste l’outil préféré des expatriés en France.

152 500€ d’abattement par bénéficiaire

L’assurance-vie offre un avantage que peu de placements égalent. Il permet un abattement de 152 500€ par bénéficiaire sur les sommes transmises. La seule condition est d’avoir fait le versement avant vos 70 ans.

Prenons par exemple un couple de 2 enfants.

Chaque parent ouvre un contrat et désigne les 2 enfants comme bénéficiaires. Cela donnera 4 abattements de 152 500€. Soit 610 000€ transmis en total franchise d’impôt.

Au-delà de l’abattement, le taux monte à 20%. Il passe ensuite à 31,25% passé les 700 000€. C’est plus avantageux que les droits de succession classique, qui eux grimpent jusqu’à 45% en ligne directe.

Cependant, après 70 ans, les règles changent. L’abattement global tombe à 30 500€ tout bénéficiaire inclus. Les intérêts générés restent quand même exonérés. L’assurance-vie garde donc son intérêt même s’il est effectué tardivement.

La clause bénéficiaire

Cette clause décide de tout. Qui reçoit, combien il reçoit et dans quelles conditions il reçoit. L’erreur ici est de laisser la clause par défaut sur “mes héritiers”, sans y apporter une quelconque précision.

Il faut toujours nommer chaque bénéficiaire, les quote-parts et mettre à jour chaque évènement familial. Ce sont 3 réflexes simples qui évitent de perdre des milliers d’euros.

Contrat français ou luxembourgeois ?

Le contrat français suffit dans la majorité des cas. Il est simple, accessible et fiscalement avantageux.

Le contrat luxembourgeois, quant à lui, s’adresse aux patrimoines plus importants. Il vient avec ce qu’on appelle le “super-privilège”. Si l’assureur déclare faillite, vous devenez un créancier de premier rang. Cela vous octroie une protection illimitée. Or, en France, cette protection n’est qu’à hauteur de 70 000€.

Le contrat luxembourgeois vous permet aussi de détenir des devises diverses sans obligation de conversion.

Pour comparer les solutions disponibles, consultez l’analyse des meilleurs contrats d’assurance-vie pour expatriés .

Les autres leviers à connaître

Donation-partage, SCI familiale : d’autres mécanismes permettent de transmettre son patrimoine de son vivant, avec des avantages fiscaux immédiats.

La donation-partage

Plus besoin d’attendre le décès pour transmettre son patrimoine. La donation-partage permet de léguer des biens maintenant avec un avantage fiscal immédiat.

Chaque parent peut transmettre 100 000€ par enfant sans droits à payer. Et, cet abattement se renouvelle tous les 15 ans. Un couple avec trois enfants peut donner 600 000€ en franchise, puis recommencer 15 ans plus tard.

Autre détail important, les valeurs sont figées au jour de la donation. Si le bien prend de la valeur ensuite, pas de recalcul au décès.

La SCI familiale

Détenir un bien via une SCI transforme de la pierre en parts sociales. Ces parts se transmettent progressivement, bénéficient d’une décote de 10% à 20% pour illiquidité, et évitent l’indivision au décès.

La contrepartie implique une gestion plus lourde : comptabilité, formalités, assemblées. Une SCI familiale est réservée aux patrimoines qui le justifient.

Conclusion

L’impôt sur le patrimoine en France est prévisible. Les taux sont connus, les seuils publics et les abattements documentés. Ce qui coûte cher n’est pas la fiscalité, c’est l’absence de préparation.

Les décisions les plus importantes se prennent avant l’installation.

Restructurer un patrimoine immobilier. Rédiger un testament français. Ouvrir une assurance-vie. Chaque mois gagné en amont, ce sont des options supplémentaires que vous gagnez. Pour cela, un notaire français est tout ce dont vous aurez besoin pour planifier votre succession.

Votre patrimoine a mis des décennies à se construire. Sa transmission mérite quelques mois d’anticipation et de préparation.

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *